Rue du Triomphe – Dov Hoenig (Robert Laffont)

 » Pendant les dimanches d’été au ciel d’azur et aux parfums d’acacia, le spectre de la guerre ne nous empêchait pas de nous lever tard. Une fois que Maria, la domestique du propriétaire Theodorescu, avait aspergé d’eau froide le gravier des allées et l’asphalte des trottoirs brûlants, les portes commençaient à s’ouvrir lentement, invitant les effluves de la terre rafraîchie à l’intérieur des maisons. C’était le signal attendu. Les gens sortaient devant leur seuil, s’installant sur des chaises en paille et des chaises longues, et la cour s’animait comme une foire. Les femmes exposaient leurs bras et leurs épaules au soleil brûlant – les jambes, par décence, jusqu’aux genoux seulement – et les hommes se réunissaient à l’ombre autour de petites tables couvertes de nappes multicolores pour discuter politique ou se taquiner lors d’effervescentes parties de poker. J’étais l’attraction principale de ces débats animés. Dévorant avec passion les quotidiens que mon père rapportait à la maison, j’étais au courant des moindres drames et intrigues de la vie politique roumaine. « 

Rue du Triomphe raconte les rêves et les tourments, les aspirations politiques et les émois amoureux d’un jeune homme grandissant à Bucarest avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Dans ce roman initiatique qui est aussi un face-à-face avec l’Histoire, Dov Hoenig, avec une force d’évocation rare, redonne vie à tout un monde disparu.

Biographie de l’auteur

D’origine roumaine, Dov Hoenig quitte sa famille et son pays de naissance en 1947 pour la Palestine. Après une jeunesse passée au kibboutz et la multiplication de métiers, de marin pêcheur à critique de cinéma, il part en 1965 à Paris, où il rencontre Jean Rouch. C’est le début d’une prestigieuse carrière de monteur qui l’amènera à collaborer à Hollywood avec de grands réalisateurs comme Andrew Davis et Michael Mann. À l’âge de 86 ans, Dov Hoenig publie son premier roman, qu’il a choisi d’écrire en français.